Dr. Pierre Lemoine
Chirurgien orthopédiste · Paris
Si vous lisez ces lignes, votre épaule dirige probablement votre vie depuis au moins 18 mois.
Vous dormez sur le dos, ou sur le bon côté, parce que vous retourner sur le mauvais vous réveille en sursaut à 4 h du matin, une douleur qui transperce. Vous grimacez avant même d'attraper la bouilloire. Enfiler une chemise est devenu une négociation de cinq minutes. Et porter vos petits-enfants — la seule chose dont vous pensiez être toujours capable — est devenu un geste que vous appréhendez.
Et vous avez déjà essayé tout ce qui semblait logique.
Bouillottes. Voltarène. Des mois de séances de kiné qui desserraient l'épaule deux ou trois jours, avant que tout se re-bloque. Peut-être une infiltration de cortisone qui a merveilleusement marché pendant six semaines — puis plus rien. Peut-être que votre médecin traitant a fini par évoquer, doucement, une consultation chez un chirurgien orthopédiste.
Et vous voilà coincé dans la pire des situations : trop endolori pour vivre normalement, mais pas assez « fichu » pour sacrifier quatre à six mois de votre vie à une réparation de la coiffe des rotateurs et à la rééducation qui suit.
Ce patient, je l'ai vu s'asseoir face à moi des centaines de fois.
"Je veux juste que ce soit réglé. Je prends rendez-vous pour l'opération aujourd'hui s'il le faut."
L'hiver dernier, Martine s'est assise en face de moi. Institutrice à la retraite, 62 ans, originaire d'Orléans. Elle avait consulté son médecin traitant, vu un rhumatologue, fait deux séries de kiné et reçu une infiltration de cortisone avant qu'on finisse par l'orienter vers moi.
Je lui ai dit ce que je dis à la plupart des patients assis dans ce fauteuil.
Pour une douleur chronique de la coiffe des rotateurs après 45 ans, la chirurgie est le dernier recours, pas le premier. Et dans le cas de Martine — comme dans la plupart des cas — le vrai problème n'était pas une déchirure qu'il fallait recoudre.
C'était un problème de circulation sanguine.
Laissez-moi vous expliquer ce que j'entends par là. Parce que si votre épaule vous fait souffrir depuis un an ou deux, ce que je vais vous décrire ne vous a probablement jamais été expliqué. Ni par votre médecin traitant. Ni par votre rhumatologue. Ni par votre kiné.
Et une fois que vous l'aurez compris, la raison pour laquelle rien de tout cela n'a marché deviendra évidente.